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14 juillet 2012 6 14 /07 /juillet /2012 14:05

 

Par Darthé-Payan

 

 

  Aujourd'hui, nous  sommes le 14 Juillet, jour de la Fête Nationale de notre belle patrie républicaine qu'est la France.

 

Je sais que la patrie, la nation, le drapeau, la devise de notre république,  la république elle-même, sont galvaudés, malmenés, dénaturés, mise à mal ou piétinés.

 

Je sais que dans l'époque incertaine, ou les crises économiques, financières, d'endettement mais aussi les crises nationales sont propices à toutes remises en cause ou bien à toutes exagérations malsaines.

 

Nous sommes le 14 juillet 2012 replongeons-nous quelques 223 ans en arrière puis reprojetons-nous en 2012 et nous voyons que petit à petit, la nation disparaît, le peuple souverain également, que de nouvelles Bastilles sont dressées certaines fort peu visibles à l'oeil nu mais tout aussi monstrueuses dans ce qu'elles ont d'oppression, de servitudes, de chaînes, d'enfermement, d'Ancien-Régime, de totalitarisme !

 

Je vous accompagne maintenant dans cette rétrospective historique du 14 Juillet 1789 puis je vous fais partager mes réflexions sur la nation émancipatrice et libératrice et sur les nouvelles prisons des peuples que sont notamment l'UE et l'euro.

 

Bonne lecture, bonne rétrospective, bonne réflexion.

 

 

 

 

 

 

14 Juillet 1789 - La Prise de la Bastille !

 

  Le 14 juillet, c'est cette quête d'armes qui entraîna les foules tout d'abord aux Invalides où elles s'emparent de 3000 fusils et d'une douzaine de canons puis à la Bastille. Pourquoi la Bastille ? Parce qu'à la fois Dépôt d'armes ou de munitions (cartouches) et symbole de l'absolutisme royal !

 


  La défense en est assurée par 80 invalides peu motivés, une trentaine de soldats suisses et une vingtaine de canons de calibres divers, le tout aux ordres du Marquis de Launay. Du côté des assaillants, venus pour la majeure partie du faubourg St Antoine, on dénombrait 954 personnes qui reçurent en juin 1790 le titre de "vainqueurs de la Bastille".

 

 

  Après quelques pourparlers avec des représentants "des électeurs" venus négocier avec de Launay, les assaillants dirigés par Hulin (qui deviendra général sous l'Empire), prennent d'assaut la forteresse qui capitule au bout de 4 heures (bilan des pertes du coté des assaillant on dénombre une centaine de tués et autant de blessés, côté garnison 4 tués après la reddition). On libéra alors les sept prisonniers qui s'y trouvaient, 4 faussaires, 2 fous et 1 libertin et on emmena de Launay et ses soldats à l'hôtel de ville. En chemin, de Launay sera massacré par la populace et sa tête plantée au bout d'un pique défilera dans les rues de Paris. Plus tard dans la soirée, la tête de Flesselle viendra la rejoindre, celui-ci ayant été accusé de n'avoir pas voulu armer la milice.

 

 

 

Le retentissement de la journée est immense. Louis XVI qui apprenait la nouvelle le 15 juillet au retour d'une chasse parut étonné "C'est une révolte !" dit-il "Non Sire c'est une révolution ..." .


Il céda une nouvelle fois et promit de faire retirer ses troupes; le
16 juillet Necker était rappelé comme ministre.

 

 

 A Paris, les électeurs rassemblés créaient la première commune de Paris dont Bailly fut élu maire. La milice bourgeoise prenait le nom de Garde Nationale aux ordres du marquis de La Fayette.

 

 

  Le 17 juillet Louis XVI accompagné des trois quarts des députés se rendait à Paris. Il y était accueilli par Bailly qui lui décerna la cocarde tricolore (le blanc de la monarchie avait été glissé entre le bleu et le rouge de la ville de Paris).

 

 

 La monarchie absolue était belle et bien finie; les proches de Louis XVI ne s'y trompèrent pas et ce fut la première vague d'émigration (Comte d'Artois, Prince de Condé, Duc de Bourbon, Duc d'Enghien, Polignac, Broglie, Breteuil).

 

 

 Une ère nouvelle s'ouvrait ;  celle de l'implication du peuple dans les affaires politiques du pays. La Révolution était en marche et plus rien ne semblait pouvoir l'arrêter. Le 14 Juillet 1789 est donc le premier pas du peuple souverain et citoyen. Ce premier pas en appellera d'autres notamment le 10 Août 1792 qui entraîne la chute de la monarchie. Le peuple choisira ses représentants en élisant la Convention nationale. Premières décisions de la nouvelle Assemblée nationale : l'abrogation de la monarchie le 21 septembre 1792 et  la proclamation de la République le lendemain ! Le peuple sera une nouvelle fois en insurrection les 31 mai et 2 Juin 1793. Les Brissotins (Girondins) sont renversés  et la révolution prendra un cours populaire et social grâce à Robespierre qui entre au Comité de Salut public le 27 juillet.

 

 

 

14 Juillet 2012 - Fête nationale de la République Française

 

 Notre Fête nationale est bien souvent moquée, décriée, détournée et parfois oubliée ! Une certaine gauche dite "radicale" ou encore des  écolos et autres bobos libertariens  considèrent la Nation comme le pire des maux et préfère la voire disparaître au profit des régions ou de l'Union Européenne.

 

Le nouveau  pouvoir socialiste (Président François Hollande et Gouvernement Ayrault), par européisme et fédéralisme - si chers à la gauche socialiste comme à la gauche "radicale"- n'ont-ils pas célébré la fête nationale, ce  matin, sous les hospices, à la fois au drapeau national mais aussi au drapeau de l'Union Européenne ?  En ce 14 juillet, c'est proprement une grave dérive qui met un peu plus à mal notre patrie républicaine et sa souveraineté.

 

Une certaine droite et plus généralement l'extrême-droite se servent de la Nation pour rejeter soit d'autres nations soient pour entretenir à l'intérieur du pays des divisions, des fractures, des ressentiments, des stigmatisations toutes et tous inutiles et inadmissibles.

 

Ce jour de fête nationale est un jour férié mais à vrai dire ne l'est plus vraiment . En effet,  La commercialisation de la fête, l'ouverture de nombreux commerces, la superficielle implication du politique, du citoyen,  rendent à la fois imperceptible la raison d'être de ce jour de célébration et entache gravement l'idéal républicain, émancipateur, patriotique et universaliste que représente ce jour célébré !

 

Le 14 juillet doit être aussi être un moment où chaque citoyen, se transcende pour la nation, la république et l'idéal de notre Grande Révolution.

 

De nouvelles Bastilles se sont faites jour : capitalisme transnational, Union Européenne, euro, obscurantismes ! Le Peuple doit de nouveau s'impliquer comme le 14 juillet 1789 pour abattre ces nouvelles prisons, ses nouvelles monarchies de notre époque !

 

 

De nouvelles Bastilles sont à prendre et à faire chuter.

 

 

 

1)Abattre les nouvelles Bastilles prisons des peuples que sont l'UE et l'euro.

 

  Alors que la crise du capitalisme transnational est de plus en plus profonde, la crise de l'endettement des Etats de l'Union Européenne (Grèce, Espagne, Portugal, Irlande, Italie, ...), les politiques d'austérité de plus en plus poussées  font que les Etats-Nations et les peuples sont chaque jour un peu plus dépossédés de leur liberté, de la souveraineté et les citoyens de leurs droits et acquis. L'UE et sa commission de Bruxelles oligarchique, a-démocratique et viscéralement contre les Etat-Nation, avec le soutien du FMI, de la BCE (la fameuse troïka !) s'arrogent des pouvoirs supplémentaires exorbitants avec la mise sous tutelle des budgets des 27 Etats membres de l'Union, puis le diktat sur les plans d'austérité qui frappent les différents pays surendettés. Les nouveaux traités en cours et la "règle d'or" sont d'autant de Bastilles qui nous emprisonnent, nous asservissent ! Les directives européennes sonnent comme des ukases qui s'appliquent aux législations des différents pays et qui servent uniquement et essentiellement à l'unicité économique et monétaire,  à la mise en concurrence de l'économie, à la dérèglementation des marchés, au démantèlement des acquis sociaux, de l'état providence et des services publics !

 

Cette monarchie qu'est l'Union Européenne, avec sa bastille, qu'est l'euro veulent aussi détruire les économies productives et les états providence. 

 

Le règne des taux d'intérêt fixés par le marché sont autant de chaînes qui s'ajoutent aux nouvelles servitudes de notre temps que ce soit pour le citoyen ou pour les Etats-Nations.

 

 

 

Notre pays et son peuple citoyen et souverain doivent faire tomber ces nouvelles bastilles que sont l'UE et l'euro. Dans un premier temps, une lutte sans merci contre toutes les directives, décisions et orientations de la Commission de Bruxelles et un refus ferme et définitive de ratifier les futurs traités fussent-elles du domaine de l'intergouvernabilité. Ensuite, une sortie de notre pays de l'UE et de l'euro validée par le peuple impliqué, mobilisé, acteur de ce nouveau destin collectif pour notre pays ! Enfin, la reconquête de notre pleine et entière souveraineté d'Etat-Nation et de son peuple citoyen et souverain (souveraineté nationale, populaire, monétaire, budgétaire, législative, économique et culturelle). La bastille à faire tomber c'est l'Union Européenne et sa monnaie unique l'euro !

 

  L'Union Européenne et l'euro sont les nouvelles prisons du peuple et les fossoyeurs de la souveraineté des Etats-Nation et du peuple citoyen. Le peuple doit se mettre en mouvement pour rompre ces nouvelles chaînes, ces nouvelles servitudes que sont la mondialisation capitaliste, l'Europe fédéraste et les obscurantismes de toutes sortes.

 

 

2) Abattre les nouvelles Bastilles que sont le système capitaliste et l'argent roi !

 

 Notre peuple souverain et citoyen doit aussi faire tomber la monarchie que représente le système capitaliste transnational et cet obscurantisme du XXIème siècle qu'est l'Argent ! La Nation assemblée, le peuple citoyen doivent devenir souverain dans l'économie, la monnaie et les marchés en instaurant la propriété collective, sociale, nationale, républicaine, l'égalité des droits et des conditions et l'intérêt général partout et pour tous.

 

 

3) Abattre les nouvelles Bastilles de l'obscurantisme que sont l'intégrisme religieux, le communautarisme, le mercantilisme !

 

 

 Notre peuple souverain et citoyen doit enfin détruire les chaînes des divers obscurantismes et intégrismes : religieux, communautariste, mercantiliste, et du particuliarisme. Le citoyen souverain et citoyen fera qu'en France, la république, la laïcité, la loi commune et l'intérêt général auront partout et toujours le dernier mot.

 

 

 

En Conclusion : C'est la Grande Révolution qui nous faut continuer !

 

Plus que jamais, notre pays, la France, notre patrie républicaine qui fit l'Histoire par son peuple impliqué et mobilisé un certain 14 juillet de l'an 1789 doit de nouveau avec son peuple citoyen faire l'Histoire aujourd'hui en redevenant un Etat-Nation républicain et laïque, un et indivisible, libre, souverain et indépendant ! C'est la Révolution à accomplir !

 

En ce 14 Juillet 2012, jour de célébration de la fête nationale, en ces temps de soumission à l'européisme fédéraste et en ces temps où l'on dénonce à la fois, la République et l'Etat-Nation, je souhaite rappeler ce qui est constitutif de l'Etat-Nation.Un petit mémorandum complète en fin de billet cette notion d'Etat-Nation.

 

Chers Citoyens, Chers Citoyennes, Chers Compatriotes, en ce 14 Juillet 2012 fêtons tous ensemble et partout en France, la Fête de la Nation Française ! La fête de notre patrie républicaine ! La fête du peuple en insurrection devenant souverain et citoyen !

 

Mettons partout, à nos fenêtre, nos balcons, nos portes d'entrée, nos portails, le drapeau français  !

 

Vive la République ! Vive la Nation souveraine, Vive la France !

 

Salut et Fraternité.

 

D-P.

 

 

______________________________

 

 

Un petit rappel sur ce qu'est l'Etat-Nation.

 

Tout d'abord, trois éléments doivent être réunis pour existe un Etat. Le Territoire, la Nation et le Pouvoir politique.

 

 

  

 

 

Le Territoire :

 

Le Territoire ce sont les frontières qui délimitent le territoire d'un État. Tout le territoire qui est à l'intérieur des frontières d'un État relève de son autorité, c'est à dire, de sa souveraineté. Il n'y a pas d’État sans territoire, mais il peut exister des territoires sans État !

 

La Nation :

 

La Nation est, selon la célèbre définition d'Ernest Renan(2) :" un peuple ayant à la fois un héritage commun et une volonté de vivre ensemble. L'appartenance à la nation suppose donc d'avoir en commun un certain nombre de pratiques sociales, culturelles, comme la langue".

 

Le pouvoir politique :

 

Dans un état, il est d'usage de mettre en évidence trois pouvoirs censés être indépendants les uns des autres. C'est le principe de la séparation des pouvoirs.

 

En France nous avons deux pouvoirs : le Législatif qui fait les lois et l'Exécutif qui fait appliquer et respecter les lois tout en administrant le territoire de la République.

 

Il n'y pas à proprement parlé de pouvoir judiciaire mais plutôt d'autorité judiciaire.

 

Le pouvoir politique dispose de l'administration, du monopôle de la violence légitime c'est à dire qu' il est le seul à pouvoir user de la force publique (Police, Armée).


On distingue le pouvoir légal, qui est exercé selon les formes prescrites par l'ordre constitutionnel et le pouvoir légitime qui œuvre pour la réalisation du bien commun.

 

 

   

 

 

 

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31 juillet 2011 7 31 /07 /juillet /2011 10:22

 

 Le 31 juillet 1914, Jean-Jaurès était assassiné par le nationaliste obsessionnel Raoul Villain. La guerre pouvait alors commencer et déboucher sur la terrible boucherie des tranchées que l'on connait.

 

 

 

 Jean-Jaurès,  le grand Jaurès, comme l'appelait, Max Gallo, dans l'une des biographies qui lui consacra. Oui la grand Jaurès est toujours d'actualité, moderne et la gauche devrait un temps soit peu le lire ou le relire et s'en inspirer ! En faire l'une de ses sources fécondes pour l'inspiration, la réflexion, l'action !

 

Pour ma part,  en tant que Républicain socialiste jacobin, je me sens pleinement et ardemment jaurésien. Je m'inspire autant de Robespierre et des Jacobins que de Jaurès le républicain socialiste et humaniste.



Nous devons, plus que jamais faire, notre la synthèse jaurésienne.

 

Synthèse entre la république laïque, jacobine  et le socialisme. Synthèse entre le  matérialisme et  l'idéalisme. Synthèse entre la réforme et  la révolution. Synthèse entre  la classe ouvrière et  l'ensemble des citoyens. Synthèse entre l'état collectiviste et les libertés démocratiques. Synthèse entre le patriotisme et l'internationalisme. Synthèse entre l'Etat-Nation souverain et la coopération entre nations pour l'Universel. Synthèse entre la lutte des classes et le suffrage universel. Son projet la République sociale partout et pour tous.

 

 

 N'oublions pas que Jaurès, planté républicain de gauche ferryste,  fleurira socialiste. Cette floraison sera nourrie tant par son évolution personnelle que par l'influence de Lucien Herr - Bibliothécaire de l'ENS (Ecole Normale Supérieure) - ou encore par celle des mineurs de Carmaux. Elle se nourrira aussi des travaux de Marx. Il sera l' Homme luttant pour la condition humaine, pétri d'humanisme et d'intelligence, il oeuvra pour la classe ouvrière et l'émancipation du peuple. Son combat sera dans le prolongement de l'idéal révolutionnaire de 1789, du mouvement Jacobin et de 1793. Ardent républicain et excellent éducateur , il prônera la République et l'Universalisme, la paix et l'arbitrage. Homme aussi de l'unité des socialistes, le créateur du journal l'Humanité et le promoteur du mouvement associatif et coopératif. Passionnément républicain, épris de l'idéal des Lumières, il sera aussi un ardent laïque. Il apportera sa pierre à l'édifice de loi de séparation de l'Eglise et de l'Etat en 1905.

 

 

 

 C'est cette même sève qui doit nous nourrir et nous permettre de continuer son combat. Oui, militants de gauche, républicains socialistes, jacobins et laïques, citoyens, oui ! 97 ans après son assassinat, Jaurès est toujours d'actualité. Nous devons reprendre le flambeau pour faire aboutir la République sociale.

 

J'ai décidé de mettre, ci-après, le texte d'un discours de Jean-Jaurès : Discours qu'il a prononcé le 25 juillet 1914, soit quelques jours  avant son assassinat.

 

 Bonne lecture.

 

Salut et fraternité.

 

D-P.

 

 

_______________________

 

 

 

Discours de Jean-Jaurès, prononcé le 25 Juillet 1914 :

 

"CITOYENS,

 



Je veux vous dire ce soir que jamais nous n’avons été, que jamais depuis quarante ans l’Europe n’a été dans une situation plus menaçante et plus tragique que celle où nous sommes à l’heure où j’ai la responsabilité de vous adresser la parole.

 

Ah ! citoyens, je ne veux pas forcer les couleurs sombres du tableau, je ne veux pas dire que la rupture diplomatique dont nous avons eu la nouvelle il y a une demie heure, entre l’Autriche et la Serbie, signifie nécessairement qu’une guerre entre l’Autriche et la Serbie va éclater et je ne dis pas que si la guerre éclate entre la Serbie et l’Autriche le conflit s’étendra nécessairement au reste de l’Europe, mais je dis que nous avons contre nous, contre la paix, contre la vie des hommes à l’heure actuelle, des chances terribles et contre lesquelles il faudra que les prolétaires de l’Europe tentent les efforts de solidarité suprême qu’ils pourront tenter.

 

Citoyens, la note que l’Autriche a adressée à la Serbie est pleine de menaces et si l’Autriche envahit le territoire slave, si les Germains, Si la race germanique d’Autriche fait violence à ces Serbes qui sont une partie du monde slave et pour lesquels les slaves de Russie éprouvent une sympathie profonde, il y a à craindre et à prévoir que la Russie entrera dans le conflit, et si la Russie intervient pour défendre la Serbie, l’Autriche ayant devant elle deux adversaires, la Serbie et la Russie, invoquera le traité d’alliance qui l’unit à l’Allemagne et l’Allemagne fait savoir qu’elle se solidarisera avec l’Autriche. Et si le conflit ne restait pas entre l’Autriche et la Serbie, Si la Russie s’en mêlait, l’Autriche verrait l’Allemagne prendre place sur les champs de bataille à ses côtés. Mais alors, ce n’est plus seulement le traité d’alliance entre l’Autriche et l’Allemagne qui entre en jeu, c’est le traité secret mais dont on connaît les clauses essentielles, qui lie la Russie et la France et la Russie dira à la France :

 

"J’ai contre moi deux adversaires, l’Allemagne et l’Autriche, j’ai le droit d’invoquer le traité qui nous lie, il faut que la France vienne prendre place à mes côtés. A l’heure actuelle, nous sommes peut-être à la veille du jour où l’Autriche va se jeter sur les Serbes et alors l’Autriche et l’Allemagne se jetant sur les Serbes et les Russes, c’est

l’Europe en feu, c’est le monde en feu".

 

Dans une heure aussi grave, aussi pleine de périls pour nous tous, pour toutes les patries, je ne veux pas m’attarder à chercher longuement les responsabilités.

Nous avons les nôtres, Moutet l’a dit et j’atteste devant l’Histoire que nous les avions prévues, que nous les avions annoncées lorsque nous avons dit que pénétrer par la force, par les armes au Maroc, c’était ouvrir l’ère des ambitions, des convoitises et des conflits, on nous a dénoncés comme de mauvais Français et c’est nous qui avions le souci de la France.

 

Voilà, hélas ! notre part de responsabilités, et elle se précise, si vous voulez bien songer que c’est la question de la Bosnie-Herzégovine qui est l’occasion de la lutte entre l’Autriche et la Serbie et que nous, Français, quand l’Autriche annexait la Bosnie-Herzégovine, nous n’avions pas le droit ni le moyen de lui opposer la moindre remontrance, parce que nous étions engagés au Maroc et que nous avions besoin de nous faire pardonner notre propre péché en pardonnant les péchés des autres.

 

Et alors notre ministre des Affaires étrangères disait à l’Autriche :

 

"Nous vous passons la Bosnie-Herzégovine, a condition que vous nous passiez le Maroc" et nous promenions nos offres de pénitence de puissance en puissance, de nation en nation, et nous disions à l’Italie. "Tu peux aller en Tripolitaine, puisque je suis au Maroc, tu peux voler à l’autre bout de la rue, puisque moi j’ai volé à l’extrémité."

Chaque peuple paraît à travers les rues de l’Europe avec sa petite torche à la main et maintenant voilà l’incendie.

Eh bien ! citoyens, nous avons notre part de responsabilité, mais elle ne cache pas la responsabilité des autres et nous avons le droit et le devoir de dénoncer, d’une part, la sournoiserie et la brutalité de la diplomatie allemande, et, d’autre part, la duplicité de la diplomatie russe.

 

Les Russes qui vont peut-être prendre parti pour les Serbes contre l’Autriche et qui vont dire "Mon cœur de grand peuple slave ne supporte pas qu’on fasse violence au petit peuple slave de Serbie. "

 

Oui, mais qui est-ce qui a frappé la Serbie au cœur ?

 

Quand la Russie est intervenue dans les Balkans, en 1877, et quand elle a créé une Bulgarie, soi-disant indépendante, avec la pensée de mettre la main sur elle, elle a dit à l’Autriche "Laisse-moi faire et je te confierai l’administration de la Bosnie-Herzégovine.

 

 "L’administration, vous comprenez ce que cela veut dire, entre diplomates, et du jour où l’Autriche-Hongrie a reçu l’ordre d’administrer la Bosnie-Herzégovine, elle n’a eu qu’une pensée, c’est de l’administrer au mieux de ses intérêts."

 

Dans l’entrevue que le ministre des Affaires étrangères russe a eu avec le ministre des Affaires étrangères de l’Autriche, la Russie a dit à l’Autriche : "Je t’autoriserai à annexer la Bosnie-Herzégovine à condition que tu me permettes d’établir un débouché sur la mer Noire, à proximité de Constantinople. "M. d’Ærenthal a fait un signe que la Russie a interprété comme un oui, et elle a autorisé l’Autriche à prendre la Bosnie-Herzégovine, puis quand la Bosnie-Herzégovine est entrée dans les poches de l’Autriche, elle a dit à l’Autriche : "C’est mon tour pour la mer Noire." - "Quoi ? Qu’est-ce que je vous ai dit ? Rien du tout !", et depuis c’est la brouille avec la Russie et l’Autriche, entre M. Iswolsky, ministre des Affaires étrangères de la Russie, et M. d’Ærenthal, ministre des Affaires étrangères de l’Autriche ; mais la Russie avait été la complice de l’Autriche pour livrer les Slaves de Bosnie-Herzégovine à l’Autriche-Hongrie et pour blesser au cœur les Slaves de Serbie.

C’est ce qui l’engage dans les voies où elle est maintenant.

Si depuis trente ans, si depuis que l’Autriche a l’administration de la Bosnie-Herzégovine, elle avait fait du bien à ces peuples, il n’y aurait pas aujourd’hui de difficultés en Europe ; mais la cléricale Autriche tyrannisait la Bosnie-Herzégovine ; elle a voulu la convertir par force au catholicisme ; en la persécutant dans ses croyances, elle a soulevé le mécontentement de ces peuples.

 

La politique coloniale de la France, la politique sournoise de la Russie et la volonté brutale de l’Autriche ont contribué à créer l’état de choses horrible où nous sommes.

L’Europe se débat comme dans un cauchemar.

Eh bien ! citoyens, dans l’obscurité qui nous environne, dans l’incertitude profonde où nous sommes de ce que sera demain, je ne veux prononcer aucune parole téméraire, j’espère encore malgré tout qu’en raison même de l’énormité du désastre dont nous sommes menacés, à la dernière minute, les gouvernements se ressaisiront et que nous n’aurons pas à frémir d’horreur à la pensée du cataclysme qu’entraînerait aujourd’hui pour les hommes une guerre européenne.

 

Vous avez vu la guerre des Balkans ; une armée presque entière a succombé soit sur le champ de bataille, soit dans les lits d’hôpitaux, une armée est partie à un chiffre de trois cent mille hommes, elle laisse dans la terre des champs de bataille, dans les fossés des chemins ou dans les lits d’hôpitaux infectés par le typhus cent mille hommes sur trois cent mille.

 

Songez à ce que serait le désastre pour l’Europe : ce ne serait plus, comme dans les Balkans, une armée de trois cent mille hommes, mais quatre, cinq et six armées de deux millions d’hommes. Quel massacre, quelles ruines, quelle barbarie !

 

Et voilà pourquoi, quand la nuée de l’orage est déjà sur nous, voilà pourquoi je veux espérer encore que le crime ne sera pas consommé. Citoyens, si la tempête éclatait, tous, nous socialistes, nous aurons le souci de nous sauver le plus tôt possible du crime que les dirigeants auront commis et en attendant, s’il nous reste quelque chose, s’il nous reste quelques heures, nous redoublerons d’efforts pour prévenir la catastrophe. Déjà, dans le Vorwaerts, nos camarades socialistes d’Allemagne s’élèvent avec indignation contre la note de l’Autriche et je crois que notre bureau socialiste international est convoqué.

 

Quoi qu’il en soit, citoyens, et je dis ces choses avec une sorte de désespoir, il n’y a plus, au moment où nous sommes menacés de meurtre et, de sauvagerie, qu’une chance pour le maintien de la paix et le salut de la civilisation, c’est que le prolétariat rassemble toutes ses forces qui comptent un grand nombre de frères, Français, Anglais, Allemands, Italiens, Russes et que nous demandions à ces milliers d’hommes de s’unir pour que le battement unanime de leurs cœurs écarte l’horrible cauchemar.

 

J’aurais honte de moi-même, citoyens, s’il y avait parmi vous un seul qui puisse croire que je cherche à tourner au profit d’une victoire électorale, si précieuse qu’elle puisse être, le drame des événements. Mais j’ai le droit de vous dire que c’est notre devoir à nous, à vous tous, de ne pas négliger une seule occasion de montrer que vous êtes avec ce parti socialiste international qui représente à cette heure, sous l’orage, la seule promesse d’une possibilité de paix ou d’un rétablissement de la paix."

 

 

 

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27 juillet 2011 3 27 /07 /juillet /2011 23:30

Par Darthé-Payan

 

 Anniversaire : Il y a 217 ans le 10 Thermidor de l'An II de la République (28 juillet 1794) mourraient Robespierre et 103 Jacobins Robespierristes. La réaction thermidorienne et contre révolutionnair'e triomphait. Robespierre était mort mais la Révolution aussi ! Le processus engagé en 1789, poursuivi après la chute de la monarchie et l'instauration de la Répubique et engagé dans un cours populaire et social après les 31 mai et 02 juin 1793 était stoppé définitivement !

 
Il y a 217 ans le 10 Thermidor de l'An II de la République (28 juillet 1794) mourraient Robespierre et 103 Jacobins Robespierristes.

 

- Georges COUTHON

 

- Philippe LEBAS

 

- Augustin ROBESPIERRE

 

- Maximilien ROBESPIERRE

 

- Louis - Antoine SAINT-JUST

 

et 103 Jacobins Robespierristes dont Payan, Hanriot, Dumas,...

 

"Le Peuple Français vote la liberté du monde" Saint-Just, 24 Avril 1793 à la Convention.

 

 

Maximilien            Louis-Antoine     Philippe               Augustin          Georges

Robespierre         Saint-Just            Lebas                 Robespierre    Couthon

 

 

 

"Les malheureux sont les puissances de la terre. Ils ont le droit de parler en maïtres aux gouvernements qui les négligent". (SAINT-JUST).

 

 

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