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31 juillet 2011 7 31 /07 /juillet /2011 10:22

 

 Le 31 juillet 1914, Jean-Jaurès était assassiné par le nationaliste obsessionnel Raoul Villain. La guerre pouvait alors commencer et déboucher sur la terrible boucherie des tranchées que l'on connait.

 

 

 

 Jean-Jaurès,  le grand Jaurès, comme l'appelait, Max Gallo, dans l'une des biographies qui lui consacra. Oui la grand Jaurès est toujours d'actualité, moderne et la gauche devrait un temps soit peu le lire ou le relire et s'en inspirer ! En faire l'une de ses sources fécondes pour l'inspiration, la réflexion, l'action !

 

Pour ma part,  en tant que Républicain socialiste jacobin, je me sens pleinement et ardemment jaurésien. Je m'inspire autant de Robespierre et des Jacobins que de Jaurès le républicain socialiste et humaniste.



Nous devons, plus que jamais faire, notre la synthèse jaurésienne.

 

Synthèse entre la république laïque, jacobine  et le socialisme. Synthèse entre le  matérialisme et  l'idéalisme. Synthèse entre la réforme et  la révolution. Synthèse entre  la classe ouvrière et  l'ensemble des citoyens. Synthèse entre l'état collectiviste et les libertés démocratiques. Synthèse entre le patriotisme et l'internationalisme. Synthèse entre l'Etat-Nation souverain et la coopération entre nations pour l'Universel. Synthèse entre la lutte des classes et le suffrage universel. Son projet la République sociale partout et pour tous.

 

 

 N'oublions pas que Jaurès, planté républicain de gauche ferryste,  fleurira socialiste. Cette floraison sera nourrie tant par son évolution personnelle que par l'influence de Lucien Herr - Bibliothécaire de l'ENS (Ecole Normale Supérieure) - ou encore par celle des mineurs de Carmaux. Elle se nourrira aussi des travaux de Marx. Il sera l' Homme luttant pour la condition humaine, pétri d'humanisme et d'intelligence, il oeuvra pour la classe ouvrière et l'émancipation du peuple. Son combat sera dans le prolongement de l'idéal révolutionnaire de 1789, du mouvement Jacobin et de 1793. Ardent républicain et excellent éducateur , il prônera la République et l'Universalisme, la paix et l'arbitrage. Homme aussi de l'unité des socialistes, le créateur du journal l'Humanité et le promoteur du mouvement associatif et coopératif. Passionnément républicain, épris de l'idéal des Lumières, il sera aussi un ardent laïque. Il apportera sa pierre à l'édifice de loi de séparation de l'Eglise et de l'Etat en 1905.

 

 

 

 C'est cette même sève qui doit nous nourrir et nous permettre de continuer son combat. Oui, militants de gauche, républicains socialistes, jacobins et laïques, citoyens, oui ! 97 ans après son assassinat, Jaurès est toujours d'actualité. Nous devons reprendre le flambeau pour faire aboutir la République sociale.

 

J'ai décidé de mettre, ci-après, le texte d'un discours de Jean-Jaurès : Discours qu'il a prononcé le 25 juillet 1914, soit quelques jours  avant son assassinat.

 

 Bonne lecture.

 

Salut et fraternité.

 

D-P.

 

 

_______________________

 

 

 

Discours de Jean-Jaurès, prononcé le 25 Juillet 1914 :

 

"CITOYENS,

 



Je veux vous dire ce soir que jamais nous n’avons été, que jamais depuis quarante ans l’Europe n’a été dans une situation plus menaçante et plus tragique que celle où nous sommes à l’heure où j’ai la responsabilité de vous adresser la parole.

 

Ah ! citoyens, je ne veux pas forcer les couleurs sombres du tableau, je ne veux pas dire que la rupture diplomatique dont nous avons eu la nouvelle il y a une demie heure, entre l’Autriche et la Serbie, signifie nécessairement qu’une guerre entre l’Autriche et la Serbie va éclater et je ne dis pas que si la guerre éclate entre la Serbie et l’Autriche le conflit s’étendra nécessairement au reste de l’Europe, mais je dis que nous avons contre nous, contre la paix, contre la vie des hommes à l’heure actuelle, des chances terribles et contre lesquelles il faudra que les prolétaires de l’Europe tentent les efforts de solidarité suprême qu’ils pourront tenter.

 

Citoyens, la note que l’Autriche a adressée à la Serbie est pleine de menaces et si l’Autriche envahit le territoire slave, si les Germains, Si la race germanique d’Autriche fait violence à ces Serbes qui sont une partie du monde slave et pour lesquels les slaves de Russie éprouvent une sympathie profonde, il y a à craindre et à prévoir que la Russie entrera dans le conflit, et si la Russie intervient pour défendre la Serbie, l’Autriche ayant devant elle deux adversaires, la Serbie et la Russie, invoquera le traité d’alliance qui l’unit à l’Allemagne et l’Allemagne fait savoir qu’elle se solidarisera avec l’Autriche. Et si le conflit ne restait pas entre l’Autriche et la Serbie, Si la Russie s’en mêlait, l’Autriche verrait l’Allemagne prendre place sur les champs de bataille à ses côtés. Mais alors, ce n’est plus seulement le traité d’alliance entre l’Autriche et l’Allemagne qui entre en jeu, c’est le traité secret mais dont on connaît les clauses essentielles, qui lie la Russie et la France et la Russie dira à la France :

 

"J’ai contre moi deux adversaires, l’Allemagne et l’Autriche, j’ai le droit d’invoquer le traité qui nous lie, il faut que la France vienne prendre place à mes côtés. A l’heure actuelle, nous sommes peut-être à la veille du jour où l’Autriche va se jeter sur les Serbes et alors l’Autriche et l’Allemagne se jetant sur les Serbes et les Russes, c’est

l’Europe en feu, c’est le monde en feu".

 

Dans une heure aussi grave, aussi pleine de périls pour nous tous, pour toutes les patries, je ne veux pas m’attarder à chercher longuement les responsabilités.

Nous avons les nôtres, Moutet l’a dit et j’atteste devant l’Histoire que nous les avions prévues, que nous les avions annoncées lorsque nous avons dit que pénétrer par la force, par les armes au Maroc, c’était ouvrir l’ère des ambitions, des convoitises et des conflits, on nous a dénoncés comme de mauvais Français et c’est nous qui avions le souci de la France.

 

Voilà, hélas ! notre part de responsabilités, et elle se précise, si vous voulez bien songer que c’est la question de la Bosnie-Herzégovine qui est l’occasion de la lutte entre l’Autriche et la Serbie et que nous, Français, quand l’Autriche annexait la Bosnie-Herzégovine, nous n’avions pas le droit ni le moyen de lui opposer la moindre remontrance, parce que nous étions engagés au Maroc et que nous avions besoin de nous faire pardonner notre propre péché en pardonnant les péchés des autres.

 

Et alors notre ministre des Affaires étrangères disait à l’Autriche :

 

"Nous vous passons la Bosnie-Herzégovine, a condition que vous nous passiez le Maroc" et nous promenions nos offres de pénitence de puissance en puissance, de nation en nation, et nous disions à l’Italie. "Tu peux aller en Tripolitaine, puisque je suis au Maroc, tu peux voler à l’autre bout de la rue, puisque moi j’ai volé à l’extrémité."

Chaque peuple paraît à travers les rues de l’Europe avec sa petite torche à la main et maintenant voilà l’incendie.

Eh bien ! citoyens, nous avons notre part de responsabilité, mais elle ne cache pas la responsabilité des autres et nous avons le droit et le devoir de dénoncer, d’une part, la sournoiserie et la brutalité de la diplomatie allemande, et, d’autre part, la duplicité de la diplomatie russe.

 

Les Russes qui vont peut-être prendre parti pour les Serbes contre l’Autriche et qui vont dire "Mon cœur de grand peuple slave ne supporte pas qu’on fasse violence au petit peuple slave de Serbie. "

 

Oui, mais qui est-ce qui a frappé la Serbie au cœur ?

 

Quand la Russie est intervenue dans les Balkans, en 1877, et quand elle a créé une Bulgarie, soi-disant indépendante, avec la pensée de mettre la main sur elle, elle a dit à l’Autriche "Laisse-moi faire et je te confierai l’administration de la Bosnie-Herzégovine.

 

 "L’administration, vous comprenez ce que cela veut dire, entre diplomates, et du jour où l’Autriche-Hongrie a reçu l’ordre d’administrer la Bosnie-Herzégovine, elle n’a eu qu’une pensée, c’est de l’administrer au mieux de ses intérêts."

 

Dans l’entrevue que le ministre des Affaires étrangères russe a eu avec le ministre des Affaires étrangères de l’Autriche, la Russie a dit à l’Autriche : "Je t’autoriserai à annexer la Bosnie-Herzégovine à condition que tu me permettes d’établir un débouché sur la mer Noire, à proximité de Constantinople. "M. d’Ærenthal a fait un signe que la Russie a interprété comme un oui, et elle a autorisé l’Autriche à prendre la Bosnie-Herzégovine, puis quand la Bosnie-Herzégovine est entrée dans les poches de l’Autriche, elle a dit à l’Autriche : "C’est mon tour pour la mer Noire." - "Quoi ? Qu’est-ce que je vous ai dit ? Rien du tout !", et depuis c’est la brouille avec la Russie et l’Autriche, entre M. Iswolsky, ministre des Affaires étrangères de la Russie, et M. d’Ærenthal, ministre des Affaires étrangères de l’Autriche ; mais la Russie avait été la complice de l’Autriche pour livrer les Slaves de Bosnie-Herzégovine à l’Autriche-Hongrie et pour blesser au cœur les Slaves de Serbie.

C’est ce qui l’engage dans les voies où elle est maintenant.

Si depuis trente ans, si depuis que l’Autriche a l’administration de la Bosnie-Herzégovine, elle avait fait du bien à ces peuples, il n’y aurait pas aujourd’hui de difficultés en Europe ; mais la cléricale Autriche tyrannisait la Bosnie-Herzégovine ; elle a voulu la convertir par force au catholicisme ; en la persécutant dans ses croyances, elle a soulevé le mécontentement de ces peuples.

 

La politique coloniale de la France, la politique sournoise de la Russie et la volonté brutale de l’Autriche ont contribué à créer l’état de choses horrible où nous sommes.

L’Europe se débat comme dans un cauchemar.

Eh bien ! citoyens, dans l’obscurité qui nous environne, dans l’incertitude profonde où nous sommes de ce que sera demain, je ne veux prononcer aucune parole téméraire, j’espère encore malgré tout qu’en raison même de l’énormité du désastre dont nous sommes menacés, à la dernière minute, les gouvernements se ressaisiront et que nous n’aurons pas à frémir d’horreur à la pensée du cataclysme qu’entraînerait aujourd’hui pour les hommes une guerre européenne.

 

Vous avez vu la guerre des Balkans ; une armée presque entière a succombé soit sur le champ de bataille, soit dans les lits d’hôpitaux, une armée est partie à un chiffre de trois cent mille hommes, elle laisse dans la terre des champs de bataille, dans les fossés des chemins ou dans les lits d’hôpitaux infectés par le typhus cent mille hommes sur trois cent mille.

 

Songez à ce que serait le désastre pour l’Europe : ce ne serait plus, comme dans les Balkans, une armée de trois cent mille hommes, mais quatre, cinq et six armées de deux millions d’hommes. Quel massacre, quelles ruines, quelle barbarie !

 

Et voilà pourquoi, quand la nuée de l’orage est déjà sur nous, voilà pourquoi je veux espérer encore que le crime ne sera pas consommé. Citoyens, si la tempête éclatait, tous, nous socialistes, nous aurons le souci de nous sauver le plus tôt possible du crime que les dirigeants auront commis et en attendant, s’il nous reste quelque chose, s’il nous reste quelques heures, nous redoublerons d’efforts pour prévenir la catastrophe. Déjà, dans le Vorwaerts, nos camarades socialistes d’Allemagne s’élèvent avec indignation contre la note de l’Autriche et je crois que notre bureau socialiste international est convoqué.

 

Quoi qu’il en soit, citoyens, et je dis ces choses avec une sorte de désespoir, il n’y a plus, au moment où nous sommes menacés de meurtre et, de sauvagerie, qu’une chance pour le maintien de la paix et le salut de la civilisation, c’est que le prolétariat rassemble toutes ses forces qui comptent un grand nombre de frères, Français, Anglais, Allemands, Italiens, Russes et que nous demandions à ces milliers d’hommes de s’unir pour que le battement unanime de leurs cœurs écarte l’horrible cauchemar.

 

J’aurais honte de moi-même, citoyens, s’il y avait parmi vous un seul qui puisse croire que je cherche à tourner au profit d’une victoire électorale, si précieuse qu’elle puisse être, le drame des événements. Mais j’ai le droit de vous dire que c’est notre devoir à nous, à vous tous, de ne pas négliger une seule occasion de montrer que vous êtes avec ce parti socialiste international qui représente à cette heure, sous l’orage, la seule promesse d’une possibilité de paix ou d’un rétablissement de la paix."

 

 

 

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Darthé-Payan Le Jacobin - dans Histoire et Actualités
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Pebo 02/08/2011 14:06


Bonjour,

Je suis tombé par hasard sur votre blog suite à une recherche sur Google au sujet de l'assassinat de Jaurès.

Je voudrais vous remercier pour votre article car vous êtes un des rares à en parler avec notamment Paul Quilès qui est élu du Tarn.

Votre blog est certes imparfait mais fort intéressant et je vais m'y rendre régulièrement pour collecter information, bases documentaires, éléments d'Histoire.

Je suis socialiste et plutôt toujours été du côté de Laurent Fabius mais pour la primaire je soutiendrai Arnaud Montebourg !

Bien amicalement à vous.


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