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4 décembre 2011 7 04 /12 /décembre /2011 17:38

Par Darthé-Payan

Je vous propose le texte intégral de l'excellente tribune du Citoyen Jean-Philippe Domecq, écrivain, romancier, essayiste et journaliste, républicain, qu'a publiée le quotidien Libération dans son édition du jeudi 1er décembre 2011.

Je ne vous surprendrai pas en vous disant que je partage le contenu du texte de Jean-Philippe Domecq. Les politiques et surtout les candidats à l'élection présidentielle mais aussi chaque citoyen devrait le lire, le diffuser, s'en saisir.

 Bonne lecture.

Salut et Fraternité.

D-P.

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"Il est temps d’endosser notre citoyenneté en signant notre déclaration d’impôts.

 

Par Jean-Philippe Domecq - Ecrivain

 

 Toute révolution, toute bascule de régime a pour levier le déficit budgétaire… Toujours, quel que soit le terme de l’époque.

 

En 1788, le mot de la «crise» était «banqueroute» ; la monarchie ayant creusé sa tombe budgétaire depuis que Louis XIV dispensait ses mannes à la noblesse pour la tenir à l’œil et improductive, il n’y eut plus de fonds de tiroirs à racler, ne restait plus qu’à convoquer d’urgence les états généraux. Seulement voilà : en échange d’une énième et radicale réforme de «l’assiette de l’impôt», le peuple, qui n’était rien, était susceptible de demander à être quelque chose et pourquoi pas des droits politiques… et là, c’était parti !

 

L’empire soviétique ? Ce n’est pas tant sous la pression des peuples mis sous sa coupe qu’il a «éclaté», comme l’a cru la philosophie des pharmaciens, mais plutôt de l’intérieur, lorsqu’une élite communiste, les gorbatchéviens, a compris, au vu de ce baromètre des civilisations qu’est la démographie, que la baisse de natalité et de l’âge de mortalité ne pouvait plus s’expliquer par la bonne vieille autocaricature suicidaire dont s’enchantent les Slaves, mais par ce sentiment de faillite qui, de passé d’une illusion, était devenu l’horizon indépassable de l’économie communiste. Déjà, à ses débuts, le bolchevisme dut se payer par la réquisition et la répression, tout comme à sa fin l’Imperium romanum qui ne pouvait plus financer ses conquêtes sur les seules dîmes du Latium.

 

Ce qui nous amène à la Grèce, notre berceau : et, en effet, elle fut berceau de la spéculation, qui est philosophique autant que financière. Aussi les armateurs, incarnation grecque de la richesse, peuvent-ils expliquer que si on les taxe ils iront spéculer ailleurs, et le pope son compère refuser l’impôt puisque l’Eglise est à tous «comme le stade de foot» (sic) : avec cette rationalité vieille comme le populisme, le peuple grec, se lavant les mains de l’impôt, se retrouva fort moderne quand le credo qui marqua la politique mondiale ces quarante dernières années diabolisa l’impôt. Les penseurs nobélisés Milton Friedman et Friedrich Hayek (dont le titre majeur vaut son programme : Misère de la justice sociale) fournirent la base conceptuelle aux leaders conservateurs qui n’eurent plus qu’à jouer sur le velours de la démagogie économique : vous aurez la Sécu sans l’impôt, dites donc, et les hôpitaux et les trains…

 

Ronald Reagan chanta que les riches étant les plus entreprenants, les taxer serait les démotiver et affaiblir le pays. En vertu de cette même vertu entreprenante, Margaret Thatcher proportionna la taxe d’habitation non plus sur le standing du toit mais sur le nombre d’individus qui y logent. Le général Pinochet fut d’une économie tout aussi modérée. Et Jacques Chirac, en 2002, y alla de sa bonne grasse promesse : 30% de baisse d’impôts ! Les Français gobèrent la ficelle, irréaliste donc réalisée à 8%, et notre déficit dépassa les 3% fixés par les traités européens pourtant signés. La conséquence de cette idéologie ultra, c’est qu’il fallut bien compenser par la dette publique et le crédit individuel ce que l’Etat n’avait plus les moyens d’assumer. Que l’Etat providence ait des coûts démobilisateurs, c’est certain, mais le 180 degrés en sens inverse n’a jamais été un signe particulier d’intelligence.

 

 

  Le résultat est là, comme prévu dès les années de lancement de ce balancier idéologique qui maintenant frémit dans l’autre sens. Et l’autre sens, c’est quoi? C’est le sens originel de l’impôt, à savoir qu’en signant ma déclaration d’impôts je signe ma citoyenneté par mon investissement pécuniaire dans la collectivité. Tous, même les plus pauvres à raison d’un euro au moins, devraient payer cette signature civique.

 

Voilà ce qu’il va falloir retrouver. Pas facile ; mais, vu les dégâts commis, l’équité fiscale, qui est un marqueur de la gauche, pourrait bien montrer que nous avons devant nous désormais des efforts qui pourraient nous rendre heureux, loin des addictions consuméristes et de l’hystérie de la financiarisation qui, de toute façon, devaient parachever et achever le capitalisme intempéré."

 

(Texte intégral de la tribune de Jean-Philippe Domecq publié dans le quotidien Libération daté du 1er décembre 2011).

 

http://www.liberation.fr/economie/01012374828-il-est-temps-d-endosser-notre-citoyennete-en-signant-notre-declaration-d-impots

 

 

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Jean-Philippe Domecq est membre du comité de rédaction d'Esprit. Il fut chroniqueur aux hebdomadaires "Politis" et "Marianne", et rédacteur en chef de la revue littéraire Quai Voltaire, dirigée par Alain Nadaud, dans les années 1990. Il est d'abord et avant tout l'auteur de : "Robespierre, derniers temps" paru aux Editions Folio Histoire.

 

http://leblogdedomecq.blogspot.com/

 

Détails sur le produitUne nouvelle introduction à l'art du XXe siècle

 

 

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